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Rencontre avec Vincent Garenq, réalisateur du film "Présumé coupable"

Publié le 29.09.2011

Vincent Garenq, réalisateur du film « Présumé coupable » sera présent au cinéma Louis Daquin le jeudi 6 octobre à 21h, accompagné de Jean-Pierre Dubois de la Ligue des droits de l’homme pour un débat qui clôturera la projection de son film, dans le cadre du Festival du cinéma engagé. Le Journal est allé à sa rencontre

Présumé Coupable JEAN  CLAUDE  LOTHER
Vincent Garenq sur le tournage © Mars Distribution / Jean-Claude Lother

 

Le Journal : Qu’avez-vous voulu démontrer avec votre film ?
Vincent Garenq : Je n’ai rien voulu démontrer, j’ai voulu raconter. J’ai juste voulu témoigner de l’histoire d’Alain Marécaux. J’ai voulu raconter une histoire qui a été jugée et pour moi, c’était clair comme de l’eau de roche cet acquittement. Ces gens-là ont été acquittés de manière très spectaculaire.

Il y a toujours une poignée de gens qui clament que certains acquittés ne sont pas innocents…
Oui, pour reprendre l’expression, ils parlent d’un « socle de vérité », et c’est ignoble. Je ne pensais pas que le film sortirait dans le climat du retour de l’affaire Outreau avec la sortie du livre de Cherif Delay et l’affaire des époux Lavier. Je voulais juste témoigner pour Alain Marécaux, de son histoire, de ce que c’est qu’une famille qui est plongée dans une erreur judiciaire.

Pourquoi avoir choisi d’adapter sur écran l’histoire d’Alain Marécaux et pas un autre acquitté ?
J’avais lu les livres de chacun des innocentés d’Outreau. Dans celui d’Alain Marécaux, l’huissier de justice, il y a un récit kafkaïen, très cinématographique. C’était une histoire vraie, basée sur une affaire très connue en France. J’ai pensé que ce serait un complément pour l’affaire et un film qui serait original. Ensuite c’est devenu une belle histoire avec Alain Marécaux.

Votre film est un des rares films français qui traitent de l’erreur judiciaire…
Raconter le parcours d’Alain Marécaux, c’est faire un réquisitoire envers les magistrats. Ils sont en quelque sorte co-auteurs du scénario. Car c’est aussi le récit de l’attitude de certains magistrats dans ce genre d’affaires. Ils s’acharnent puis ne veulent pas reconnaître qu’ils se sont trompés. Ils estiment que l’image de la Justice qu’ils pensent incarner, est plus importante que la vie d’une poignée de gens. Qu’un magistrat se trompe, ça doit arriver tous les jours, comme à tout le monde. Mais ils ont du mal à le reconnaître, à trouver les mots pour s’excuser. Comme tout le monde. Sauf que les conséquences peuvent être dramatiques. La Justice est parfois emplie d’une froideur terriblement inhumaine.

Vous pensez toujours que « l’erreur est humaine » ?
L’erreur est humaine, bien sûr. Quand j’ai « construit » le personnage du juge Burgaud quand j’ai écrit le scénario, pour moi c’était juste quelqu’un qui se trompe. Il est convaincu que les gens en face de lui sont des pédophiles, mais je pense qu’il est plus dans l’émotion que dans l’analyse. Il a été aveuglé par son émotion en entendant les témoignages de Myriam Badaoui et des enfants. Mais les circonstances atténuantes du juge Burgaud, c’est qu’au début du millénaire, la société était obsédée par la pédophilie. Les scènes du film sont tirées des procès-verbaux. On voit qu’il n’avait rien contre Alain Marécaux, il essaie de construire son coupable. Au sortir d’un des interrogatoires, un des gendarmes se tourne d’ailleurs vers Alain Marécaux et lui demande « Mais alors, c’est tout ce qu’ils ont contre vous ? ». Nous l’avons coupé au montage, mais nous avons gardé le regard que les gendarmes se lancent pendant l’interrogatoire du juge Burgaud, et ce regard en dit long.

C’est important pour vous de présenter votre film au Festival du Cinéma Engagé ?
Je n’ai pas le sentiment d’avoir réalisé un film engagé, mais s’il fait avancer les choses, s’il permet de faire comprendre certaines choses sur la Justice, tant mieux. Pour moi, c’est l’essentiel de rencontrer le public. Savoir comment il perçoit le film, ce qu’il peut en ressortir. C’est toujours intéressant d’échanger avec les spectateurs sur un film qu’on a fait.

(Propos reccueillis par Marie-Carolyn Domain)

 

Vincent Garenq, en bref :

Vincent Garenq est réalisateur et scénariste. Il a débuté sa carrière en 1993 après avoir été diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Métiers de l’Image et du Son. D’abord réalisateur de documentaires et de courts-métrages (la série Découvertes, Vita Sexualis, Une vie à deux), il sort un premier long-métrage au cinéma en 2008, Comme les autres, qui traite de l’homoparentalité. Le film est salué par la critique. En 2011, Vincent Garenq adapte à l’écran les quatre années de calvaire d’Alain Marécaux, un des « acquittés d’Outreau », avec son long-métrage Présumé coupable.

 

affiche présumé coupable

Présumé coupable. Un film de Vincent Garenq. France, 2011. 1h42. Drame.
Jeudi 6 octobre – 21h au cinéma Louis Daquin, en présence du réalisateur et de Jean-Pierre Dubois de la Ligue des droits de l’homme.

 

L’erreur est inhumaine

Alain Marécaux est huissier de justice dans le Nord de la France. Marié, père de quatre enfants, il mène une vie tranquille. Jusqu’au matin du 14 novembre 2001, quand la police vient l’arrêter. On lui reproche d’être mêlé à une affaire de pédophilie impliquant des dizaines de personnes, l’affaire dite « d’Outreau ». Dès le début, il clame son innocence. Pourtant, avant d’être acquitté en décembre 2005, l’huissier va vivre quatre ans de calvaire dans des prisons inhumaines.

Quatre ans pendant lesquels il perd tout : sa femme qui le quitte, ses enfants qui lui sont enlevé, sa mère qui se laisse mourir, son métier, ses biens, sa dignité et son honneur. Désigné à l’opinion publique comme un monstre et donné coupable avant même d’avoir été jugé, jamais Alain Marécaux n’a bénéficié de la présomption d’innocence. Un enfer incarné dans le jeu d’acteur bouleversant de Philippe Torreton, transfiguré.

Vincent Garenq, scénariste et réalisateur du film, est parti du livre d’Alain Marécaux, Chronique de mon erreur judiciaire. Il a repris scrupuleusement les procès-verbaux des interrogatoires pour écrire les dialogues. Prenant littéralement aux tripes, Présumé coupable montre quels dégâts peut causer une instruction mené à charge par des magistrats emplis de certitudes. Rien moins que briser en mille morceaux la vie d’un homme.

 

Marie-Carolyn Domain

 

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