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La Libération du Blanc-Mesnil vécue par un jeune résistant de 17 ans.

Publié le 22.08.2011

Le 27 août 1944, Guy Letellier participe aux combats de la Libération du Blanc-Mesnil. A 17 ans, il fait partie d'un groupe de jeunes résistants locaux.


© Americo Mariano

«Je me défend de parler d’héroïsme, d’acte de courage, affirme Guy Letellier, alors que toute ma vie, je me suis reproché d’avoir fait peur à ma mère en partant avec ma carabine, ce matin-là.»  Le dimanche 27 août 1944 vers 9h30, les premiers chars de l’escadron du 12ème cuirassier de la 2ème DB (division blindée), dirigés par le commandant Rouvillois, font trembler les pavés de l’avenue Henri Barbusse.

 « Les blindés sont remontés jusqu’au coin de l’avenue Charles Floquet et c’est là que nous les avons rejoints, avec nos armes à la main, » raconte Guy. Agé de 17 ans, il fait partie à l’époque d’un groupe de jeunes résistants, dirigé par le quincaillier Emile Bident, chef de la défense passive locale et sergent des Forces françaises de l’Intérieur (FFI).

Le groupe de Bident est composé de jeunes footballeurs du Club sportif du Blanc-Mesnil et de commerçants du centre-ville.  Parmi eux, il y a Jack, le fils du quincaillier Grange; René Jouglet, le marchand de vélos; Louis Galland, le fils de l’épicier de l’avenue Henri Barbusse; Serge Schlotter, fils du fourreur de la rue de la Paix; René  Bacqueville, fils du boucher chevalin de la rue Pierre et Marie Curie …et Guy Letellier, fils aîné du pâtissier de l’avenue H. Barbusse.

Les jeunes résistants blanc-mesnilois se lancent derrière les blindés de la 2ème DB, à l’assaut du Vieux Pays où s’est réfugié l’ennemi. Bientôt Guy se retrouve séparé d’Emile Bident, dont il apprendra la mort du côté du petit bois du Sous-Coudray, bien plus tard. « J’ai été dirigé avec un autre groupe vers le bois Chalot ( au niveau de l’actuel parc Jacques Duclos et  du centre d’affaires Paris-Nord). ». A ses côtés,  il reconnaît deux de ses copains Henri Carneseca et René Milanes.

 «Il a fallut atteindre la limite du Vieux Pays pour que ce soit la guerre ! Le baptême du feu a été tragique puisque dès les premiers engagements, en avançant de quelques centaines de mètres, j’ai entendu les mitrailleuses ennemies commencer à tirer avec des balles qui portaient loin, » raconte l’ancien « jeune résistant » avec des phrases hachées par l’émotion. « J’ai eu très peur. Dès les premières rafales j’ai piqué du nez dans le labour  puis je me suis relevé. Au loin, j’ai aperçu des silhouettes sur lesquelles j’ai déchargé mon arme à deux reprises.»

Des combats de la Libération du Blanc-Mesnil, Guy en garde des souvenirs flous. «Il y a avait une atmosphère confuse. On avait le sentiment que rien n’était organisé. A un moment, les blindés ont continué d’avancer sur la plaine, en nous laissant sur place. On est resté là une ou deux heures et puis c’était fini !»

La soirée du 27 août 1944 lui laisse une impression de bonheur, teintée d’amertume.  «La joie de la Libération comme partout en France se mêlait à la douleur des familles qui avaient perdu un être cher. » Guy a été choqué par les règlements de compte auxquels il a assisté cette nuit-là en rentrant chez lui. « De pauvres malheureuses étaient  traînées par les cheveux puis tondues, avec des croix gammées peintes sur le front. Des soldats ennemis emmenés prisonniers ont été frappés. Il y avait un tel ressentiment après ces quatre années d’occupation nazie et de privations.»

À la pâtisserie familiale, les parents de Guy sont inquiets. Ils n’ont pas revu leur fils depuis le matin. « Ma mère avait envoyé un voisin à ma recherche pour me ramener, en faisant valoir que j’étais trop jeune pour faire la guerre. C’était trop tard ! J’avais pris le risque de recevoir une balle dans la peau en fin de matinée.»

 

Nadia De Almeida

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